Fin du roman "DANS LE VENTRE DE MA MÈRE":
Ce soir-là Danielle reçoit
un songe, un très charmant songe envoyé très certainement par ses guides.
Danielle passe devant un magnifique jardin qu’elle n’avait jamais vu. Elle
s’arrête devant les grilles largement ouvertes et regarde, médusée, la longue
allée bordée d’arbres, qui s’étire au loin sans fin. Elle a envie d’y entrer,
de visiter ce jardin si beau. Elle hésite quelques minutes, puis tout à coup,
semblant prendre une décision très importante, elle franchit le portail du
jardin. Elle avance d’un pas décidé, un peu tremblante pourtant de son audace
mais heureuse d’être là. Quelles merveilles va-t-elle découvrir ? Elle est
très émue, son petit cœur bat follement. Elle continue d’avancer sans se rendre
compte que derrière elle les branches des arbres se sont rejointes et ferment le passage. Elle est
prisonnière du jardin, prisonnière de sa curiosité. Mais elle ne le sait pas
encore. Elle trouve cette allée bien longue, trop longue pour ses petites
jambes. Alors, elle décide de ressortir, mais, ô stupeur, il n’y a plus de
chemin. La route est barrée par de hautes branches touffues et emmêlées.
Danielle a peur. Ses jambes déjà fatiguées, tremblent. Un gros chagrin
l’envahit. Sa gorge se serre et de grosses larmes coulent le long de ses joues.
Que faire ? Comment s’échapper de cette prison ? Danielle comprend
qu’elle ne peut qu’avancer ; peut-être au bout y aura-t-il une sortie.
Alors, elle se remet en route et derrière elle, toujours, les arbres déploient
leurs branches et lui font un barrage. Danielle essaie d’être courageuse.
Devant elle, l’allée s’allonge toujours. Les arbres, sur chaque côté, sont
hauts, fiers, majestueux. Les branches touffues s’inclinent et touchent presque
le sol semblant saluer au passage la visiteuse solitaire. La fillette sent la
fatigue l’envahir. Elle ralentit sa marche, trébuche, s’arrête, repart,
s’arrête encore une fois. Dans les arbres des murmures se font entendre, des
voix chuchotent « avance, avance ».
Mais Danielle ne veut plus obéir, ne peut plus avancer. Elle s’assied au pied
d’un gros arbre, met sa tête dans ses mains et laisse éclater son chagrin, sa
frayeur, son désarroi. De gros sanglots s’échappent de sa jeune poitrine ;
ses pleurs grossissent, grossissent et font à ses pieds un petit ruisseau. Et
puis soudain, tout doucement, vaincue peut-être par la fatigue, peut-être par
ce lieu enchanté, elle se laisse glisser sur un épais tapis de feuilles et
s’endort, un sourire heureux aux lèvres.
Tout change brusquement. Le
jardin prend vie, se réveille. De-ci, delà des buissons de fleurs apparaissent,
embaument l’air. Chacune est un enchantement. Fleurs connues ou inconnues,
elles sont là, multicolores, solennelles, faisant un décor de rêve et de
printemps. On dirait qu’un coup de baguette magique a tout transformé et fait
apparaître un monde nouveau. Une douce brise secoue les branches des arbres,
caresse chaque fleur et chante une douce mélodie à l’enfant endormie. Toutes les fleurs, les grandes et les petites,
les rouges, les blanches, les jaunes et d’autres encore, se penchent doucement,
émerveillées, et regardent dormir Danielle. Elle est là, abandonnée, confiante,
dormant d’un sommeil paisible. Les fleurs, ses amies, veillent sur elle et
leurs chuchotements se mêlent à la chanson du vent. C’est un véritable concert
qui berce Danielle, concert auxquels viennent se joindre les gazouillis de tous
les oiseaux apparus sur chaque arbre. C’est une féérie de couleurs, de lumière,
de parfums, de musique. Un vrai régal pour les yeux, un vrai régal pour l’ouïe.
Dommage que Danielle ne puisse voir cet enchantement, ne puisse entendre cette enivrante
musique, ne puisse sentir ces doux parfums. Mais la voilà qui s’étire,
réveillée par de chauds rayons du soleil. Elle regarde autour d’elle,
émerveillée, n’en croyant pas ses yeux. Elle se lève, toute fatigue envolée,
caresse une fleur, puis une autre, une autre et une autre encore ; leur
donne de petits noms affectueux, les appelle ma jolie, ma princesse, ma douceur, mon amie. Une multitude de
canaris, serins, rouge-gorge se posent sur ses épaules, ses mains, ses
cheveux ; d’autres sautillent de branche en branche et semblent l’inviter
à les suivre. En effet, les branches des arbres se relèvent faisant la haie et
libérant le passage. Danielle avance, heureuse, rassurée, accompagnée de ses
hôtes. Au loin, déjà, elle aperçoit les lourdes portes du jardin. Elle hâte le
pas. Combien de temps s’est-elle
absentée ? A-t-elle dormi longtemps ? Elle ne sait. Tout à coup un
grand silence envahit le jardin. Tout
redevient calme. Elle a juste le temps de remercier ses amis les oiseaux et
déjà, ils s’envolent sans bruit.
Un souffle léger la
réveille. Elle regarde sa chambre. Elle
est bien dans son lit, mais il lui semble qu’une présence invisible se trouve à
ses côtés. Un de ses guides sûrement. Que veut dire ce songe ? C’est un
message, c’est sûr ; mais lequel ? Comment le déchiffrer ? Une
voix lui susurre « réfléchis, nous t’avons donné une indication précieuse.
Malgré les aléas de ta vie future, tu sortiras toujours gagnante, car tu es une
battante. Mais il te faut déchiffrer cette énigme avant d’oublier tes vies
passées. Rendors-toi et demain tout sera plus clair pour toi. N’oublie pas que
nous serons toujours à tes côtés. A présent nous te disons au revoir ».
Danielle se rendormit
jusqu’à ce que sa maman vienne la réveiller. Elle se blottit contre elle et
l’embrasse très fort. Son petit déjeuner terminé, elle va dire bonjour à Guy
qu’elle appelle Guitou et lui dit à l’oreille : « tu sais moi
aussi j’ai été dans le ventre de notre mère ; j’étais petite comme toi et
tu vois, j’ai grandi. Je t’aime très fort ».
Puis, elle retourne dans
sa chambre pour réfléchir à son songe et comprendre ce qu’il veut dire. Elle
est très concentrée. De multiples pensées lui tournent dans la tête et aucune
ne la satisfait. Il faut pourtant qu’elle trouve si elle veut que sa vie se
déroule telle qu’elle la choisit. Elle revoit le jardin, les arbres qui
l’emprisonnent, le long chemin, son réveil et son émerveillement devant la
beauté des la nature. Les oiseaux lui ouvrent la route… Elle croit avoir
deviné : sa vie va être difficile, souvent triste, mais toujours elle avancera,
portée par une passion, un espoir, de l’amour.
« Bravo ! Oublie
tout ton passé. Vit ton présent. Nous somme près de toi ».
Qui m’a parlé se demande Danielle ?
Sa grand-mère paternelle entre dans sa chambre : « Como esta Andrée ?
Mi querida.
- Bien mémé, mais parle en
français
- Tu as compris pourtant : comment
vas-tu Andrée, ma chérie ?
- Mais des phrases longues
je ne les comprend pas ».
A partir de jour, Rachel Danielle
Andrée commence sa vraie nouvelle vie sur terre, celle qu’elle a choisie mais dont
elle ne se souvient plus…
FIN