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     Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café

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    AuteurMessage
    Reïna



    Nombre de messages: 3169
    Age: 75
    Localisation: Toulon
    Date d'inscription: 04/01/2010

    MessageSujet: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Dim 22 Mai - 18:59

    Chapitre 1











    Pierre court avec son
    thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir
    maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour
    préparer avec amour le café au lait que maman aime tant. Ses yeux brillent de
    joie et de fierté lorsqu’elle voit entrer dans sa chambre son petit bonhomme de
    treize ans…



    Couchée dans ce lit
    blanc anonyme, entre les soins et les visites des médecins, le temps lui paraît
    long et son regard se pose souvent vers la porte, attendant avec impatience
    qu’elle s’ouvre pour laisser entrer son garçon tant chéri… Jamais il n’a manqué
    leur rendez-vous. Pourtant, il a fort à faire entre ses devoirs, les corvées de
    la maison et la surveillance de ses jeunes frères, Rudy et Farid. Aujourd’hui,
    dans le long couloir qui sent les médicaments et la javel, une infirmière
    l’arrête dans sa course : « n’entre pas petit, tu ne peux pas voir ta
    maman !



    « Pourquoi, je
    veux la voir, elle m’attend, j’ai son café au lait. Laissez-moi passer ».



    Il se rebelle,
    furieux mais déjà il sent des larmes mouiller ses yeux, sa gorge se serrer à
    l’étouffer, son cœur battre la chamade. Quelle catastrophe va-t-il apprendre ?
    Sa maman est-elle plus mal ? Un mauvais pressentiment lui serre la
    poitrine et il fixe l’infirmière d’un
    regard perdu, implorant : qu’elle parle, qu’elle lui explique !!
    Pourquoi aujourd’hui ne peut-il pénétrer dans la chambre où sa maman l’attend ?
    L’infirmière le prend contre elle, avec précaution, bienveillante, émue aussi.
    Elle le connaît depuis si longtemps. Elle lui chuchote à l’oreille :
    « ta maman ne souffre plus, Pierre. Elle s’est endormie pour toujours et
    est montée au ciel. Sois courageux. Tu es grand, tes petits frères vont avoir
    encore plus besoin de toi ». Elle continue à le maintenir, de crainte
    qu’il ne se sauve. C’est bien ce qu’il a envie de faire, de prendre ses jambes
    à son cou et de courir dans la rue, loin de ce lieu de cauchemar, et de hurler
    sa peine, sa colère, son incompréhension. Comment peut-elle lui demander d’être
    courageux ? Malgré les responsabilités qui pèsent sur ses épaules depuis
    tant d’années, malgré sa maturité précoce, treize ans, c’est encore un âge où
    l’on aimerait rire, chanter ; c’est un âge où on refuse la mort, on ne la
    comprend pas, on la rejette… Ne plus voir sa maman si belle, si
    vulnérable ; ne plus voir son sourire tellement tendre, tellement
    complice, ne plus toucher sa main
    brûlante de fièvre, ne plus éponger son front moite de sueur, ne plus
    pouvoir lui raconter l’école, les caprices de ses frères, le repas trop cuit ou
    pas assez salé ; il ne peut imaginer ce silence définitif, cette
    absence injuste et cruelle… Il voudrait la voir encore une fois, déposer un
    baiser sur sa joue amaigrie, mais le médecin arrivé entre temps, s’y oppose
    aussi : « ce n’est pas un spectacle pour toi, garde de ta maman une
    image reposée, souriante, expressive ».






    Dans la rue, les gens
    vont et viennent, indifférents. Comment pourraient-ils connaître son immense
    chagrin, son désarroi ? C’est
    toujours la même rue et pourtant il ne la reconnaît plus. Il se trouve plongé
    dans un monde hostile, inconnu, irréel… Il avance, la vue brouillée par des
    larmes amères, les jambes molles, la tête bourdonnante de mille pensées qu’il
    n’arrive pas à classer. Que va-t-il faire ? Que faut-il faire ? A qui
    parler ? Comment joindre papa, l’avertir ? Doit-il dire à ses frères
    si jeunes encore qu'ils sont orphelins, que leur maman s’en est allée, qu’ils ne
    la verront plus ? Il est vrai que ces dernières années, ils ont eu très
    peu l’occasion de l’avoir près d’eux… Ses absences répétées de la maison, ses
    séjours réguliers à l’hôpital, les ont habitués à se retrouver seuls, soit à
    l’orphelinat, soit placés dans la famille, soit à la maison comme ces derniers
    jours avec leur grand frère. Pierre, a depuis longtemps, été pour eux une
    « petite mère », dévoué, attentionné, protecteur.



    Arrivé à
    l’appartement, Pierre trouve papa déjà là, les yeux rouges, prêt à partir pour
    l’hôpital. Il se jette dans ses bras et sanglote, affamé d’affection, de
    réconfort. Mais papa n’a pas le temps de céder à l’émotion ; il le
    repousse gentiment mais fermement et sort en refermant la porte sur les trois
    gamins… Rudy et Farid viennent se coller dans les jambes de leur frère,
    inquiets, désemparés, ne comprenant pas ce qui se passe. Pourquoi ces
    pleurs ? Pourquoi ce regard sévère et triste à la fois de papa ?
    Pourquoi Pierre reste-t-il muet, immobile ? Ils finissent par pleurer eux
    aussi sans savoir pourquoi, mais devinant que quelque chose de terrible vient
    de se produire. Vont-ils encore une fois partir du foyer familial ?
    Seront-ils avec leur grand frère qui sait si bien les protéger ou bien
    seront-ils séparés à nouveau ? Pour combien de temps ? Pour aller
    où ? Ils tirent sur le pantalon de Pierre pour attirer son attention, pour
    ramener vie à son visage de cire qui leur fait si peur. Enfin celui-ci semble
    sortir de sa torpeur. Son regard fait le tour de la pièce, espérant voir surgir
    leur maman bien vivante, enfin guérie, préparant le repas ou repassant des
    chemises… Mais ils ne sont que tous les trois, les plus jeunes attendant une
    explication qui ne vient pas. Alors, Pierre, tel un automate, fait chauffer
    deux bols de lait bien crémeux et les pose sur la table, invitant ses frères à
    boire. Il les regarde se régaler, déjà à demi rassurés, et va s’enfermer dans
    sa chambre. Ils sauront toujours assez tôt. Pour l’instant, il a besoin de se
    retrouver seul, seul avec sa peine, seul avec ses souvenirs.






    Chapitre 2





    Il se revoit entrant
    pour la première fois à l’école primaire de Remiremont à l’âge de sept ans. Il
    arrivait de Mulhouse où il avait vécu chez sa « grosse muter » tant
    aimée, à qui on l’avait arraché, sans explications, juste parce que maman
    s’était mariée et désirait reprendre ses enfants avec elle. Papa Schmidt avait
    accepté avec joie ces trois garçons alors âgés de sept, trois et deux ans et à
    qui il avait donné son nom en même temps que son amour. A partir du moment où il
    franchit sa nouvelle école, son enfance heureuse, choyée s’en est allée. Il
    devint d’un seul coup le « sale boche », celui qu’on tient à l’écart,
    qu’on maltraite. Il y avait même un instituteur qui encourageait les élèves à
    le battre et qui lui « donnait » également du « sale
    boche ». Toutes les corvées de bois, le nettoyage du fourneau étaient pour
    lui. Peu importaient à ces messieurs de l’Education nationale que ce petit bout
    de sept ans, trapu, ait suffisamment de force ou pas pour faire tout ce travail.
    Il est vrai qu’il ne parlait pas Français ou si peu : ambulance, police,
    non, oui, merde… Il ne connaissait que l’Alsacien et, dans cette ville des
    Vosges, grands et petits le méprisaient. Il n’y avait qu’un instituteur,
    monsieur Pie, qui pas d’accord avec ses collègues, le défendait. Mais ceux-ci,
    remplis de haine, n’essayaient pas de comprendre qu’un enfant alsacien n’était
    pour rien dans la tragique tourmente de cette guerre. A la récréation, les
    enfants le harcelaient sans cesse, l’insultaient, le battaient. Il se
    protégeait comme il pouvait et rendait coup pour coup. Mais ce fut pourtant lui
    qu’on renvoya de cette école. Malgré les plaintes de ses parents, le directeur
    refusa de le réintégrer et il fut inscrit à l’école privée des Frères
    Saint-Joseph, école de confession catholique. Or Pierre étant protestant, les
    Frères l’acceptèrent, avec l’obligation de se convertir au catholicisme. Lassés
    de tout, ses parents optèrent pour cet ultimatum.



    Que de changements en
    si peu de temps ! Que de chagrins refoulés ! Que de larmes versées le
    soir, dans le noir, loin des regards de maman ou papa. Il fallait faire bonne
    figure, ne pas ajouter à leur peine. Heureusement que le Père Schmidt était un
    gros et excellent travailleur, estimé, et peu à peu, le temps passant, cette
    animosité, cette haine s’estompèrent… Mais la douleur resta dans le cœur de Pierre.
    Il aimait bien et respectait son nouveau papa, homme dur envers lui-même et les
    autres, sévère, « gueulard » mais toujours juste. Jamais il n’a
    fait sentir à ses enfants, par des mots ou des attitudes, qu’il les avait
    reconnus. Pour lui, ils étaient ses enfants. Pour Rudy, Farid et Pierre, il
    était papa. Mais Pierre rêvait souvent de son père biologique, ce héros qui
    était entré dans la résistance et qui, pris par les Allemands, avait été
    fusillé sur le champ. Cela, Pierre l’avait appris il n’y avait que quelques
    mois. Sa maman lui avait raconté cette tragédie, peut-être parce qu’elle
    sentait déjà qu’elle était sur le départ. Pierre avait six mois à la mort de ce
    père qu’il n’a jamais connu, dont il n’a jamais su le nom, maman étant restée
    secrète à ce sujet. Quant au papa de Farid et Rudy, il s’est tué dans un
    accident de moto, laissant la jeune femme avec un enfant d’un peu plus d’un an
    et le second de quelques mois.



    Et aujourd’hui, elle
    s’en est allée ; peut-être a-t-elle retrouvé son papa. Mais lui, reste
    avec un gros poids sur le cœur. Que va-t-il advenir de ses frères et de
    lui ? Ils ont tellement été tous les trois placés à droite et à gauche
    pendant des années, avec des allers et retour à la maison. Il faut dire que
    maman chérie a reçu des éclats d’obus, lors d’un bombardement, au ventre, et,
    depuis elle n’a cessé de faire des séjours à l’hôpital pour être opérée, ou
    dans des maisons de convalescence. A neuf ans, il est retourné pendant huit
    mois à Mulhouse et ses frères placés dans la famille. A dix ans, il a vécu avec
    ses deux frères pendant un an à Dommartin, dans une ferme, car maman se
    trouvait à Nice dans une maison de repos. Celle-ci se situait dans le lieu-dit La Poirier, à flanc de
    montagne. De la ferme, la vue donnait sur une vallée verdoyante. Une belle et
    luxuriante forêt offrait à Farid et Pierre une promenade, les jeudis et
    dimanche lorsqu’ils n’avaient pas classe. La gardienne de la ferme, une vieille
    femme les accompagnait parfois. Mais lorsqu’elle entendait des coups de mine
    pour faire sauter les roches, elle se cachait dans les fourrés en criant
    « voilà, les Russes reviennent, ils arrivent ». D’autres fois, les
    deux enfants partaient seuls, en prenant beaucoup de précautions parce que les
    chemins de la forêt présentaient souvent des dangers. Heureusement, des
    pancartes, ici ou là, indiquaient « attention danger ». Il fallait
    donc être très prudents la forêt étant jonchée de toutes sortes de débris de la
    guerre : mines, vieux fusils, cartouches. Étais-ce l’inconscience de
    l’enfance, ou bien Pierre étant déjà très mur pour son âge, (il faisait
    d’ailleurs partie des éclaireurs de France), toujours est-il, qu’ils avançaient
    vaillamment, heureux de ces moments de liberté. Ils rentraient dès la tombée de
    la nuit, affamés et impatients de déguster la soupe chaude. Papa, toujours en
    déplacement, ne pouvait s’occuper d’eux. A onze ans, revoilà Pierre, à Bussang,
    placé dans un orphelinat pendant huit mois et ses frères dans la famille.
    Encore séparés, encore déchirés, toujours des larmes… Que de mauvais souvenirs
    a-t-il gardés de cet endroit ! Les sœurs étaient sévères, méchantes même.
    Le matin à cinq heures, il devait servir la messe, sans rien dans l’estomac.
    Une fois, il s’est évanoui et personne n’est venu le secourir. Il est resté
    allongé sur le sol, sans connaissance tant que la messe a duré. Ce n’est qu’à
    la fin, qu’on s’est occupé de lui. Pourtant papa payait sa pension ; il
    venait le voir assez régulièrement dès qu’il le pouvait…



    Pierre sent sa gorge
    se serrer à ces souvenirs, sa poitrine semble être sur le point d’éclater, les
    battements de son cœur s’accélèrent, va-t-il lui aussi s’endormir pour
    toujours ? Va-t-il rejoindre déjà maman ? Il aimerait bien être avec
    elle et en même temps, il pense à ses frères, si vulnérables, que
    deviendraient-ils ? Encore un souvenir atroce l’envahit à nouveau.
    Toujours l’orphelinat de Bussang. Pour avoir la paix, les sœurs laissaient les
    enfants dans leur lit lorsqu’ils n’avaient pas cours. Un petit garçon de dix
    ans, un peu simplet, très rachitique, pleurait et sanglotait dans son lit. Une
    gardienne surgit et le mit sous une douche froide en le rouant de coups avec un
    bâton. C’était plus que Pierre n’en pouvait supporter. Il se rua sur la mégère
    pour lui faire lâcher prise : résultat, coups de nerf de bœuf, trois jours
    de cachot avec de l’eau et du pain sec. Lorsque papa l’apprit la semaine
    suivante, il rentra dans une grande colère et retira Pierre de ce lieu
    infernal.



    Pierre entend encore
    les cris du petit martyre, il revoit les yeux pleins de haine de la gardienne
    pendant qu’elle frappait et frappait encore… La colère qu’il a eue ce jour-là,
    remonte à la surface ; il ressent l’humiliation et la peur du cachot. Mais
    il ne regrette pas son geste, il recommencerait s’il le fallait. Depuis, il est
    toujours aux côtés des plus faibles, des opprimés, des malmenés.



    … Des cris venant de
    la cuisine avec des bris de verre interrompent ses pensées. Il refait surface,
    étonné de se trouver dans sa chambre, et tout son chagrin revient. Le cauchemar
    continue. Maman est couchée dans son lit d’hôpital, endormie pour toujours. Il
    se dirige en titubant vers la cuisine, les yeux brouillés de larmes et ouvre
    brutalement la porte : « Que se passe—il » ?



    Les deux mômes ne
    pipent mot. Mais Pierre a surpris Farid secouant Rudy comme un prunier.
    « Pourquoi cette dispute » ? Demande-t-il.



    Farid « il a
    cassé son bol »



    Rudy en hoquetant,
    murmure « il m’a glissé des mains lorsque j’ai voulu le mettre dans l’évier
    pour t’aider. J’ai pas fait exprès ».



    Pierre se sent perdu,
    démuni, quelques pleurs, quelques cris pour un bol cassé, comment alors peut-il
    être le messager d’une chose aussi horrible à dire, comment trouver les mots
    qui pourraient adoucir quelque peu sa révélation ? Il les prend tous les
    deux contre lui et les serre très fort, trop fort peut-être, mais les gamins
    n’osent rien dire. Il sent leurs cœurs battre très fort. Ils sont si jeunes,
    huit et neuf ans. Après toutes ces années, éloignés trop souvent de la maison
    familiale, loin d’une maman toujours malade et d’un papa obligé de s’absenter
    pour gagner l’argent du ménage, que va-t-il advenir ?



    Pierre repousse
    gentiment ses frères et les fait asseoir autour de la table recouverte de la
    jolie toile cirée et sur laquelle une bouteille en plastique garnie de
    marguerites égaie un peu la pièce. Un silence pesant s’installe. Farid et Rudy
    ont les yeux fixés sur leur frère qui ne sait comment s’y prendre pour annoncer
    l’horrible nouvelle. Il a lui-même déjà tant de peine, il vit tout éveillé un
    cauchemar qui ne prendra jamais fin, il cherche ses mots, regarde les deux
    enfants apeurés, ému de voir ces deux visages tournés vers lui, interrogatifs,
    n’osant poser des questions. Ils attendent, muets, ce que Pierre va leur dire.



    Un gros soupir
    s’échappe de la poitrine de l’aîné, il ne faut pas qu’il pleure pendant qu’il
    leur parlera, ses larmes doivent rester au fond de son cœur. Il a toujours été
    leur protecteur, leur soutien ; bien que Farid n’ait que quatre ans de
    moins que lui, celui-ci n’a jamais eu l’idée de le seconder, de le décharger de
    tout ce poids si lourd pour un garçon déjà trop mûr pour son âge. Il a été pour
    eux deux, un frère, mais aussi une maman, quelqu’un qui était disponible,
    souvent fatigué, parfois grondant et élevant la voix, mais toujours avec le
    même amour dans ses yeux bleus, la même affection, prêt à les défendre, à les
    protéger lorsqu’à l’école ou à l’assistance, ils étaient malmenés



    « Voilà,
    commence Pierre, la voix rauque, ses mains serrées fortement jusqu’à blanchir
    ses doigts pour se donner le courage de parler. Il serre tellement fort ses
    mains qu’elles lui font mal et ainsi, pense-t-il, l’autre douleur, celle qui ne
    se mesure pas, celle qui anesthésie, pourra l’aider à aller jusqu’au bout de
    l’horreur. Je dois vous parler comme à deux grands garçons que vous êtes. Je
    vous aime très fort et je serai toujours là pour vous. Vous savez combien maman
    souffrait, doublement, de par sa maladie, et de ne pouvoir être aussi présente
    à nos côtés. A présent, elle n’a plus mal. Elle s’est endormie calmement, enfin
    délivrée. Elle restera dans nos cœurs.









    Chapitre 3








    Ce mois d’août est
    chaud, trop chaud, mais après tant de froid et de neige, Pierre et ses copains
    ne peuvent que s’en réjouir. Ils ont la chance d’avoir de belles forêts à
    parcourir, de respirer l’odeur vivifiante de la sève des pins, d’être en
    communiant avec la nature. A dix ans, il est presque le meneur, celui que l’on
    suit, qui protège, à qui on obéit. Ses frères et lui, surtout lui, l’aîné, ont
    eu le bonheur d’avoir une maman qui, lorsque sa santé lui donnait quelques
    répits, avait l’habitude de les emmener faire de longues promenades en forêt et
    ainsi, Pierre a appris à découvrir et à aimer la nature. Elle leur nommait le nom
    des différentes plantes et fruits des bois, avec amour et respect. Ce qui fait
    que Pierre a très vite su cueillir noisettes,
    framboises, fraises des bois,
    brimbelles, en août et septembre. Maman en faisait des confitures mais Pierre
    s’arrangeait pour en cueillir toujours plus pour en revendre et avoir quelques
    pièces pour ses frères et lui. Au printemps, c’étaient des jonquilles qu’il
    vendait par brassées et de la digitale, maman lui avait appris à la
    reconnaître, que le pharmacien lui achetait régulièrement pour ses
    préparations. Aujourd’hui, en sueur, il joue avec ses frères et ses compagnons,
    la télévision qu’ils n’ont pas, ne leur manque pas. Ils préfèrent parcourir des
    kilomètres au travers de cette immense forêt qu’ils connaissent par cœur, sentir
    la brise sur leur visage, admirer de loin cerfs, biches, lapins qui filent
    craintifs. Pourtant, aucun d’eux, n’aurait eu l’idée de leur faire du mal.
    Parfois, Pierre, très réceptif, croit entendre des chuchotements dans les
    branches des arbres et il ralentit pour écouter, un peu honteux de paraître
    indiscret et d’interrompre une conversation entre ces arbres si hauts, si
    majestueux. Car un arbre, ça vit, n’est-ce pas ? Parfois des ramiers
    s’envolent des branches des sapins et vont plus loin, toujours plus loin. Pierre
    aime entourer ses bras autour de leur tronc et fermant les yeux, il emprunte un
    peu de leurs forces et les remercie de faire partie de son univers.



    Après leurs jeux et
    leurs cueillettes, les enfants s’assoient quelques minutes pour grignoter leurs
    casse-croûte avant de reprendre le chemin du retour.



    …Pierre seul à
    nouveau dans sa chambre, attendant le retour de papa de l’hôpital, revoit cette
    belle journée, pourquoi celle-ci précisément ? Il ne sait, puisqu’il y en
    a eu d’autres aussi agréables. C’est cette nature, cette vie au grand air qui
    lui a donné cette force de caractère, ce désir de lutter, car combien de jours,
    d’années de tristesse, de solitude a-t-il dû supporter ! Il se souvient de
    la pension de La Poirier où il avait été placé à onze ans, une fois de
    plus, et du parcours qu’il devait effectuer à pieds, dans la neige, jusqu’à
    l’école de Remiremont, distante de neuf kilomètres, ce qui lui faisait au
    retour, dix-huit kilomètres dans ses petites jambes. Un soir, en revenant de
    l’école, il a failli être emporté par une crue brutale de la Moselle. Instinctivement
    et ne perdant pas son sang-froid, il a grimpé tel un singe au haut d’un arbre.
    C’était la tombée de la nuit et il n’a eu la vie sauve que grâce au garde
    champêtre qui, de loin avec des jumelles, avait vu la scène et est venu en
    barque le secourir.



    A douze ans, il a la
    joie de retourner à Mulhouse chez sa grand-mère adorée, mais une joie très
    mitigée puisque une nouvelle fois encore sa maman part à l’hôpital. On le
    sépare de ses deux frères qui eux, vont à Zain Villers dans une famille
    d’accueil. Il y reste six mois à Mulhouse, gâté et cajolé comme un coq en pâte.
    Pendant ces six mois, sa tristesse d’être séparé de ceux qu’il aime, est
    largement compensée par les gâteries et la tendresse de grosse muter qui avait
    retrouvé pour un temps son Pierrala. Le
    jeudi, son plaisir était de la regarder pendant des heures cuisiner et
    confectionner des gâteaux dont le goût est encore sur ses lèvres. Et puis, il y
    avait le rituel goûter tant attendu de petits biscuits secs accompagnés de thé
    bien sucré. Presque tous les jours aussi, en sortant de l’école ou bien une
    partie du jeudi, il allait chez un voisin artisan serrurier et prenait plaisir
    à le voir travailler. Très jeune, il fut curieux de tout et il s’extasiait de
    voir la dextérité et la rapidité du serrurier. Lorsqu’une pièce était terminée,
    son regard s’illuminait et il fixait d’un air ébahi l’ouvrage fini, qu’il
    s’agisse de rampes de balcon, de portail façonné ou tout autre portique. L’artisan
    aimait le voir arriver et tout en travaillant il lui expliquait ce qu’il
    faisait. Il avait un auditeur et un spectateur attentif et admiratif. Ils
    bavardaient tous les deux et le garçon ne cessait de poser des questions. Un
    sourire aux lèvres, le serrurier, appelé de nos jours ferronnier, ne perdait
    jamais patience et répondait avec gentillesse et sympathie. Il avait beaucoup
    d’affection pour Pierre qu’il avait déjà connu jusqu’à l’âge de sept ans avant
    qu’il ne soit retiré à sa gross muter.









    Chapitre 4








    La porte d’entrée
    claque et vient interrompre les souvenirs de Pierre. Il sort de sa chambre et
    va accueillir son papa qui serre les trois garçons dans ses bras. Ses yeux sont
    rouges et gonflés. Il n’a pas très envie de parler mais il comprend qu’il ne
    peut laisser s’installer ce silence si lourd. Les enfants ont besoin de
    réconfort, de soutien, de présence… Mais que leur dire ? Comment leur
    exprimer son propre chagrin ? Papa Schmidt est un être entier, bourru, pas
    très loquace, si ce n’est pour élever la voix et réprimander les petits, ô sans
    méchanceté, mais aussi sans complaisance… Engagé pendant douze dans la Marine, il avait appris à
    obéir, mais aussi à commander. Aujourd’hui, il cherche ses mots, il a
    définitivement la charge, l’éducation de ses enfants et pour lui, rien n’est
    facile.



    Ils s’assoient tous
    les quatre autour de la table et trois paires d’yeux sont rivées sur son
    visage, des yeux inquiets, curieux, emplis de larmes qu’ils refusent de laisser
    couler de crainte d’indisposer leur père. Mais leur regard expressif parle tout
    seul. Il implore leur papa de parler, de raconter. Ils ont besoin d’entendre le
    son de sa voix, même si les vitres devraient en vibrer. En effet, papa devint
    sourd en 1939 à Dunkerque, lors de la débâcle et alors qu’il se trouvait sur le
    bateau de guerre Duguay-trouin. D’où sa façon de « gueuler » plutôt
    que de parler. Et lorsqu’il est en colère, sa voix explose encore plus et les
    murs en tremblent.



    Mais en ce moment-ci,
    c’est d’une voix inconnue d’eux, toujours forte, mais douce en même temps, dans
    un Alsacien plus chantant qu’il s’adresse à eux : « Pierre vous a
    déjà dit que votre maman a rejoint le Bon Dieu. Enfin, elle ne souffre plus.
    Malgré notre grand chagrin, nous devons être heureux que toutes ses douleurs se
    soient envolées. Gardez-la toujours dans votre cœur et nous allons faire une
    prière pour qu’elle reste dans la lumière et continue de veiller sur vous. Là
    où elle se trouve, elle vous voit et vous aime. Prions ».



    Un silence épais
    envahit la pièce où chaque objet ne semble plus à sa place, où chacun des
    enfants croient être transportés dans une autre dimension. Et puis, tout à
    coup, d’une seule voix, ils récitent le « Notre Père ». La tension
    est trop forte, le chagrin trop lourd, de gros sanglots s’échappent des
    poitrines des trois orphelins. Papa, lui, laisse des larmes muettes glissaient
    le long de ses joues. Il ajoute au bout d’un moment : « l’enterrement
    aura lieu le huit décembre ».



    Cette année mille
    neuf cent cinquante-six marqua la fin de la jeunesse heureuse de Pierre malgré
    la maladie de maman, malgré ses placements à droite et à gauche. Il avait à
    l’époque, toujours l’espoir que maman guérirait ; tant d’opérations ne
    pouvaient aboutir qu’à un rétablissement définitif et durable. Il
    redécouvrirait ainsi, la maman rieuse, chaleureuse, qui tricotait et brodait de si beaux pulls, peignait de
    tendres aquarelles, confectionnait d’excellents gâteaux. Et aujourd’hui, à
    trente sept ans, elle s’en est allée ailleurs, mais où ? Comment
    pourra-t-il supporter son absence ? Ses frères et lui vont-ils encore être
    séparés ? Il se souvient, justement, de son retour à Bussang avec Farid et
    Rudy, placés tous les trois à l’assistance publique comme l’on disait alors,
    pendant neuf mois, maman étant partie dans une maison de repos à Nice. A
    l’époque, il avait douze ans et demi et pour lui ce fut une prison, un
    enfermement, un étouffement.



    Si papa pouvait
    trouver une solution pour les garder près de lui !! Mais il sait déjà que
    cela va être impossible. Après la
    Marine, papa est devenu plombier chauffagiste et toute la
    semaine, il part sur des chantiers loin de Remiremont, pour ne revenir que le
    samedi et dimanche. Et dans deux jours, maman va être recouverte de terre,
    ensevelie à jamais.









    Chapitre 5





    Un froid glacial
    tombe sur la ville recouverte de neige qui ne cesse de descendre d’un ciel
    blanc et bas. Le temps est à l’unisson avec cette journée de tristesse, de
    désarroi. Papa, Pierre, Farid et Rudy suivent le corbillard, tête baissée, ne
    pouvant arrêter le flot de larmes qui s’écoulent de leurs yeux. De temps en
    temps, Pierre mouche l’un de ses frères. Ils ont à parcourir deux bons
    kilomètres depuis la maison, jusqu’à l’église, puis le cimetière. Les enfants
    claquent des dents, leurs mains sont gelées et leurs orteils sont raidis dans
    leurs bottes trempées. Pierre avance comme un somnambule, imaginant vivre un
    cauchemar. Il va se réveiller, c’est sûr ! Ce n’est pas possible que maman
    soit partie pour toujours. Il l’aime tant ! Il s’est tellement de fois
    occupé d’elle avec tendresse, avec douceur, prévenant le moindre de ses désirs,
    la regardant lorsqu’elle était assoupie, reposée pendant quelques temps par les
    calmants. Mais ce répit ne durait pas longtemps. Pierre se revoit lui épongeant
    le front, lui caressant la main ou bien lui lisant quelques pages de lecture.
    Et son plus beau souvenir, c’est de voir maman souriant malgré sa souffrance
    lorsqu’il arrivait, tout fier, jamais en retard avec son thermos de café au
    lait. Pour elle, c’était un moment privilégié. Elle se régalait de la
    boisson chaude et ses yeux, tellement cernés, ne quittaient pas Pierre du
    regard. Lorsqu’il était obligé de repartir, il l’embrassait sur la joue et tous
    deux se disaient « à demain ».



    Il n’y aura plus de demain. Le cortège
    arrive à l’église où déjà une foule attend, recueillie. Tout le monde
    connaissait Gabrielle, ses longues années de souffrance supportées avec courage
    et sans jamais se plaindre. Pourtant, parfois, lorsqu’une amie, un voisin ou un
    parent venaient la voir, elle ne pouvait s’empêcher de leur prendre la main et
    la gorge remplie de larmes, de dire : « Que vont devenir mes
    petits » ?



    Il fait aussi froid à l’intérieur de
    l’église, peut-être parce que le cœur de Pierre est comme un bloc de glace. Il
    entend de très loin la voix du curé faisant l’éloge de la disparue et de la
    famille Schmidt. L’assemblée récite le Notre Père et je Vous salue Marie. Les
    lèvres bleuies de Pierre s’ouvrent et se ferment sans qu’aucun son ne sorte de
    sa bouche. Son corps est là, présent, mais il a l’impression d’y être sorti, de
    regarder, muet, une scène qui ne le concerne pas. Lorsque papa lui touche
    l’épaule, il sursaute. La cérémonie est terminée et à présent le cortège se
    dirige vers le cimetière. L’inhumation est très courte. Le cercueil descendu en
    terre commune, chacun jette une pelleté de terre avant de s’en retourner à ses
    occupations. Pierre pose pour la première fois sur son père un regard, à la
    fois interrogatif et accusateur. Pourquoi pas une sépulture plus digne ?
    Puis il a honte d’avoir si vite jugé papa qui a sûrement fait pour le mieux
    avec les moyens à sa disposition. La longue maladie de maman a très
    certainement coûté très chère et, comment un gamin de treize ans peut-il être
    au courant des frais d’obsèques !



    Le retour à la maison est lugubre. Rudy et
    Farid se réfugient dans leur chambre sans un mot. Pierre aide papa à dresser le
    couvert pour recevoir quelques intimes. Des voisins et amis ont pourvu au
    repas. Il est très triste et étonné d’entendre une cacophonie envahir la pièce,
    chacun ayant une histoire à raconter, un mot à dire sur le temps « ‘à ne
    pas mettre un chien dehors », sur les difficultés quotidiennes ;
    quelqu’un parle même du dernier film sorti et quelques rires fusent. Il n’y
    comprend plus rien. Il semblerait que maman n’ait jamais existé ou bien qu’elle
    est tout simplement partie en voyage. Mais lui sait bien que plus jamais, elle
    ne le serrera dans ses bras, plus jamais elle ne lui sourira de son regard si
    doux. Il a envie de silence, de se retrouver avec ses pensées, de pouvoir
    revoir dans sa tête sa maman tant chérie. Il a tellement peur qu’avec le temps
    passant, il ne se souvienne plus de son visage, de ses traits si beaux. Il veut
    essayer d’oublier les années de souffrance, de séparation, pour ne se rappeler
    que les belles promenades en forêt, l’odeur délicieuse des gâteaux sortis tout
    chauds du four.



    Une fois tout le monde parti, la maison
    paraît encore plus vide. Pierre range la vaisselle avec des gestes d’automate,
    balaye la pièce et regarde son père, assis à un coin de la table, l’air absent,
    perdu, vulnérable. Il va vers lui, entoure ses épaules de ses petits bras et
    lui murmure tout près de l’oreille : « Je suis là, papa, je t’aime.
    Je vais t’aider » Papa Schmidt ne répond rien, il semble plonger dans des
    pensées qu’il n’arrive pas à mettre au clair, loin de ce lieu, de cette pièce
    où une odeur de bonheur s’en est allée, de cette maison qu’il ne reconnaît pas.
    Pierre ne sait que faire, comment l’obliger à bouger, à revenir près de
    lui ! Il a tant besoin lui aussi de
    réconfort, de tendresse. Depuis ce six décembre mille neuf cent cinquante-six
    jour où maman a fermé les yeux, parfois il lui semble qu’une éternité se soit
    écoulée, que tout s’est transformé, que le temps a filé et en même temps que
    les heures se sont arrêtées… Il n’arrive pas à analyser ce qu’il ressent.
    Depuis deux jours, il va, vient,
    respire, mange, s’occupe de ses frères et pourtant ce n’est pas lui qui évolue…
    Le véritable Pierre, l’enfant de treize ans, a laissé la place à un être
    inconnu ; il a encore plus mûri. Tout à coup, il a l’impression d’être
    devenu un autre, plus grand, plus fort et en même temps enfermé dans un carcan
    de douleur, d’injustice, de colère. Il a toujours ses bras autour des épaules
    de papa et le secoue doucement :



    - Dis, qu’est-ce
    qu’on va devenir ? Tu sais, je peux m’arranger. Avant et après l’école, je
    m’occuperai des petits, de la maison et nous attendrons que tu rentres le
    samedi. Crois-moi, je suis courageux. Dis oui, dis oui. Nous voulons rester
    ici.



    - C’est une
    lourde charge pour toi. Ta bonne volonté ne suffit pas. Laisser trois gamins
    livrés à eux-mêmes pendant cinq jours ce n’est ni raisonnable, ni même légale.



    - Mais où
    vas-tu encore nous envoyer ? Je ne veux plus être séparé de mes frères. Je
    leur ai juré aide, protection et affection ! Tu as déjà pris une
    décision ? »



    Papa Schmidt, le regard dans le vague, la
    gorge nouée de pleurs contenues, lui dit en posant la main sur sa tête
    blonde : « Je vais me remettre en contact avec l’assistance publique
    de Bussang. Ils vous prendront tous les trois ou aucun. J’espère que votre
    séjour ne sera pas trop long. Si tout va bien, dans une semaine vous serez
    installés là-bas ».



    Sur ces mots qui s’enfoncent comme autant de
    coups de poignard dans le cœur de Pierre, papa Schmidt prend son pardessus, un
    bonnet et sort sous la neige. La discussion est close.



    Pierre ne réagit pas. Tout son corps paraît
    être transformé en un bloc très dur. Il voudrait crier, hurler, laisser éclater
    sa douleur, cesser d’étouffer sa peine. Quelque part, son père a raison. Tout
    ce poids sur ses épaules, les bonnes résolutions qu’il a prises, combien de
    temps pourra-t-il les assumer ? Il a aussi besoin qu’on s’occupe de lui,
    qu’on lui demande ce dont il a envie, ce qu’il aime, ce qu’il voudrait faire
    plus tard… Mais à la seule idée de retourner à Bussang, cette
    « prison » où il a tant souffert, si souvent pleuré, il sent que
    c’est au-dessus de ses forces. Il se souvient lorsqu’il passait dans les rues
    du village avec tous les autres pensionnaires, les moqueries qu’on leur
    lançait, les quolibets dont on les affublé : « Tiens, ce sont les
    orphelins qui passent, hou ! hou ! ». Et pourtant, à l’époque,
    ni ses frères ni lui n’étaient orphelins et à présent, ils le sont à moitié.
    Mais ce n’est pas une tare que d’être orphelins, se dit-il dans sa tête. C’est
    la faute à pas de chance ! C’est un mauvais destin. Pourquoi les gens
    sont-ils si méchants ? Ô, pas tous heureusement… Par exemple, lorsqu’il y
    avait un mariage ou un baptême, l’orphelinat recevait des victuailles, des
    gâteaux et des choux à la crème, pour les distribuer aux enfants. Et bien, les
    sœurs se partageaient le tout et aucun garçon ne voyait jamais une miette d’un
    morceau de gâteau.



    Et voilà qu’il va devoir retourner avec ses
    frères dans cet endroit sordide, inhumain, sans amour. Il va devoir entendre
    les réprimandes haineuses, accepter sans se plaindre corvées et humiliations,
    défendre les plus faibles, consoler les plus petits, entendre son estomac crier
    famine. C’est au-dessus de ses forces. Pourquoi ne l’a-t-on pas laissé chez sa
    grosse Muter dont il n’a plus depuis longtemps de nouvelles ? Il ne sait
    même pas si elle vit encore. Il ne sait pas pourquoi, depuis son mariage avec
    maman, papa Schmidt a refusé que Pierre ait tout contact avec sa famille
    maternelle. Grosse Muter était si gentille, si douce, qu’a t’elle pu faire pour
    qu’on lui interdise d’aller la voir ? C’’est une punition injuste, qu’il
    ne mérite pas. Les adultes ont trop souvent des secrets qu’ils cachent
    précieusement et dont les enfants en font les frais. Aujourd’hui, il aurait
    aimé la voir là, près de lui, pour poser son visage tout contre sa poitrine,
    lui apprendre que sa fille Gabrielle,
    contre son gré, les a abandonnés et pleurer tous les deux longtemps, très longtemps
    jusqu’à ce que la vieille femme renifle fort et lui chante une de ces berceuses
    qu’il aimait tant !






    Chapitre 6








    Voilà une semaine que Pierre et ses frères
    sont à nouveau à Bussang dans cet horrible orphelinat, encore appelé hôpital.
    En effet, au rez-de-chaussée de
    l’établissement, se trouvent des personnes âgées, pour la plupart
    malades et les enfants, lorsqu’ils vont au réfectoire, ne peuvent s’empêcher,
    les chambres étant laissées ouvertes, de les voir. Certains sont allongés dans
    leur lit, à moitié dévêtus, se plaignant, criant ou bien encore, les yeux fermés, la respiration lente. Les
    gamins sont effrayés de ce spectacle. D’autres sont assis dans des fauteuils
    médicalisés, attachés, la salive coulant de leur bouche, tels des pantins
    désarticulés. En passant dans les couloirs, Pierre jette à chaque fois un œil
    sur ces vieillards qu’il regarde tristement mais aussi avec tendresse. Parfois,
    il entre dans une des chambres, s’assoit près d’un pépère ou d’une mémère, lui
    sourit et reste un moment à lui caresser la main ou à lui murmurer quelques
    mots de réconfort. Souvent, il ne reçoit qu’un regard vide, mais quelques fois,
    un des pensionnaires, les yeux humides de larmes, lui chante une berceuse,
    croyant peut-être retrouver un petit-fils, ou bien lui donnant un baiser sur le
    front. Aucun mot n’est échangé entre-deux, mais tant de choses passent dans ces
    silences… Lorsque Pierre se décide à repartir de crainte de se faire punir, les
    sœurs leur interdisant d’entrer chez les personnes âgées, une main essaie de le
    retenir, de prolonger cet instant spécial, c’est avec douceur mais aussi avec
    tristesse qu’il se détache, par exemple comme aujourd’hui, de Mimile avec
    regret. Il sait qu’il reviendra quelques minutes demain lui tenir compagnie.



    Mais le lendemain, jeudi,
    il ne peut se rendre près du vieux monsieur Mimile. Un accident dramatique
    s’est produit : un jeune garçon s’est crevé un œil en tombant sur une
    flèche. Ses cris terrorisent les autres pensionnaires et ameutent les sœurs qui
    appellent les secours, mais ne font rien pour consoler le gamin. Au contraire,
    elles n’arrêtent pas de le traiter de tous les noms et de lui dire que c’est
    une punition du Bon Dieu, pour ne pas avoir fait attention. L’enfant est emmené
    sous les yeux de ses camarades et de Pierre qui tient contre lui ses deux
    petits frères… Il a très envie de pleurer mais il se retient pour ne pas
    attrister encore plus les plus jeunes. S’il avait pu, il aurait aimé
    accompagner dans l’ambulance, Sergio, tout juste âgé de sept ans, et lui tenir
    la main pour le consoler, le rassurer… Un strident coup de sifflet le fait
    sursauter et l’arrache à ses pensées : punition générale pour ce jeudi,
    sieste forcée pour tous et défense de bouger du lit ! Personne n’ose bien
    sûr poser de questions. Tous savent trop ce qu’il en coûte de se rebeller. Ils
    regagnent leurs dortoirs… Pierre sait très bien ce que cela veut dire : un
    bol de soupe et un croûton de pain, ce soir à 18 heures…



    Pierre n’en peut plus
    de tant d’injustices. Pourquoi cette punition ? Sergio s’est blessé tout
    seul ; mais tout est bon pour les faire souffrir alors que chacun, ici, a
    besoin de tendresse, de douceur… Dans son lit, Pierre pense à Mimile et il se
    demande si le vieillard réalise qu’il n’est pas passé le voir. Attend-il sa
    venue ? Lui en veut-il de l’avoir oublié ? La journée s’écoule
    monotone, dans un silence de plomb, coupé de temps en temps par des sanglots
    des tous petits… Il pense que demain comme chaque jour, il sera levé à 5 heures
    pour servir la messe à la chapelle de l’hospice de Bussang, puis ensuite à
    l’église.



    Son père lui a promis
    qu’ils ne resteraient pas longtemps ses frères et lui dans cet endroit.
    Qu’appelle-t-il « pas longtemps » ? Pour lui, il lui semble être là depuis une éternité…



    Le vendredi
    après-midi, dès qu’il peut se sauver, il va rejoindre Mimile dans sa chambre.
    Il le trouve couché dans son lit, les poignets attachés et les barrières
    remontées. Il l’embrasse sur le front en se penchant parce qu’il n’ose pas
    baisser les barrières et d’ailleurs, il ne sait pas comme s’y prendre. Mimile
    ouvre les yeux, lui sourit faiblement tandis qu’une larme coule silencieusement
    le long de sa joue. Pierre lui caresse le front en lui murmurant une des
    chansons que sa maman avait coutume de lui chanter. Il ne peut pas rester trop
    longtemps ici car on peut s’apercevoir de son absence et il n’a pas envie de se
    retrouver enfermé dans ce sinistre cachot. Après un second baiser, il chuchote
    « A demain » et s’en va sur la pointe des pieds… Les jours passent
    lentement, tristement, avec le même rythme, les mêmes gestes, le même chagrin.
    Il continue à aller visiter Mimile dont la santé décline jusqu’au jour où, en
    arrivant, il trouve une orpheline de 15 ans, nettoyant la chambre. Elle lui
    fait un signe de la main pour qu’il s’en retourne avant qu’on ne le surprenne.
    Il a compris que son ami s’en est allé. Il regarde par la fenêtre et lève les
    yeux au ciel ; il espère qu’il va rencontrer sa maman. Une prière muette
    monte de son cœur jusque sur ses lèvres qui bougent silencieusement. Il est certain
    que là où il est, Mimile est enfin heureux et en paix. Alors un sentiment
    d’amour l’emplit tout entier. Une sérénité qu’il n’a pas connue depuis bien
    longtemps l’enveloppe. Il se fait une promesse : temps qu’il vivra, il
    donnera de l’amour autour de lui…



    …Aujourd’hui, n’est
    pas un jour comme les autres. C’est le mois de mai 1957, et Pierre va célébrer
    sa communion solennelle à l’église de Bussang. Son papa est là mais il lui
    manque deux personnes très chères à son cœur, sa maman tant chérie et sa
    marraine qui est décédée juste quatre mois avant ce beau jour. On aurait dit
    qu’elle prévoyait son absence, car elle avait acheté à l’avance un beau stylo,
    le missel et un chapelet en or. Son parrain qui se trouve près de lui, lui a
    offert une belle montre. C’est une journée sereine, radieuse et il ressent une
    douce plénitude qu’il n’a plus connue depuis bien longtemps. Dans la soirée,
    Bernard, un camarade de communiant l’invite à dîner chez ses parents. On lui
    donne la permission. C’est une soirée chaleureuse, emplie d’amour et de
    compassion. Il savoure chaque plat qu’on lui présente en ayant tout de même un
    petit pincement au cœur en pensant à ses frères qui n’ont pas la chance de
    partager ce repas avec lui… Puis comme toute bonne chose a une fin, il prend
    congé des hôtes en les remerciant pour retourner à l’hospice. La maman de
    Bernard dépose un baiser sur son front. Il en tremble d’émotion ! Il y a
    si longtemps qu’on ne l’a pas embrassé… Il se revoit à l’hôpital, embrassant sa
    maman sur la joue, doucement, tendrement en lui disant toujours les mêmes mots
    « à demain »… Et elle, avec un brave sourire pour cacher et ses
    douleurs et son chagrin, répondait invariablement : « oui, va mon
    Pierrot ; rentre directement. Je t’attendrai demain ».



    Des larmes coulent le
    long de ses joues pendant qu’il se glisse sous les draps. Il y avait tellement
    longtemps qu’il n’avait passé une journée aussi calme, aussi détendu, aussi
    heureux. Mais maman lui manquait ! Était-elle devenue une étoile parmi
    celles qui brillaient dans le ciel ? Avait-elle assisté de là-haut à la
    cérémonie et était-elle fière de son grand garçon ? Il lui sembla qu’une
    main lui effleurait affectueusement les cheveux. Il sourit et sombra dans le
    sommeil…






    Chapitre 7
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    riguignol
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    MessageSujet: Re: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Dim 22 Mai - 23:35

    coeurs bondissants
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    MessageSujet: Re: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Lun 23 Mai - 16:51

    , triste , mais ça sent tellement le "vécu" ....et la suite ????
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    Reïna



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    MessageSujet: Re: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Lun 23 Mai - 20:16

    Elle elle vient! Il faut que je l'écrive... Bonne nuit.
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    MessageSujet: Re: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Mar 24 Mai - 6:04

    Reïna a écrit:
    Elle elle vient! Il faut que je l'écrive... Bonne nuit.


    lol , ahh ok , je pensais que c'était une nouvelle qui traîner dans tes tiroirs , alors ma fois tu va avoir du travail ....mais pense aussi a te reposer ....bisous ma douce amie ...prends soins de toi ..
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    MessageSujet: Re: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Mar 24 Mai - 10:15

    Je l'ai commencée il y a deux ans et elle dormait lorsque j'ai entrepris "Nathaniel"... j'attends d'être plus en forme pour la continuer...
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    Reïna



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    MessageSujet: Re: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Mer 25 Mai - 17:53

    Chapitre 7








    Huit mois après la
    mort de sa mère, Pierre fête ses quatorze ans. Nous sommes le premier août
    mille neuf cent cinquante sept et il n’a ni une orange, encore moins un cadeau.
    Il aurait aimé avoir cet avion qu’il a vu en allant à l’école. Depuis tout
    petit, il construit des maquettes ; il est très habile de ses doigts et
    les garde précieusement dans sa chambre. Il construit principalement des avions
    avec tout ce qui lui tombe sous la main. En guise de cadeau, son père vient le
    chercher pour qu’il entre en apprentissage dans l’entreprise de chauffage et
    sanitaire où lui-même travaille. Pierre a eu son certificat d’études et avait
    des dispositions pour les études. Sans qu’il le sache, son directeur d’école
    était venu voir le père Schmidt pour lui faire comprendre de laisser Pierre
    poursuivre ses études : « il n’en est pas question ! Plombier
    chauffagiste, c’est un bon métier et monsieur Bammert est un bon patron humain
    et qui paie bien ses ouvriers. Il y a deux mômes derrière et l’argent doit
    rentrer » Le directeur s’en retourne en soupirant et en marmottant « si
    c’est pas malheureux » !



    Le soir, le repas
    terminé, son père le met au courant de ce qu’il a décidé pour lui : « tu
    commences demain.



    - je t’en prie, je
    travaille bien. Je voudrais être charpentier pour restaurer les cathédrales et
    autres beaux bâtiments, Je sais que j’en suis capable. Je ferai partie du tour
    de France des Compagnons ».



    Un grand éclat de
    rire arrête net le rêve tant de fois imaginé dans sa tête : « charpentier ?
    Rien que ça ! Tu feras le même métier que moi, un point c’est tout. Et je
    ne veux plus rien entendre d’aussi stupide. A présent va te coucher, demain
    réveil à cinq heures ».



    La gorge serrée, il
    ne veut pas lui faire le plaisir de pleurer devant lui, Pierre file dans sa chambre.
    A cinq heures ! Voilà qu’il ne le changera guère. Il pense à ses deux
    frères restés à l’orphelinat. Qui va les défendre ? Qui va les embrasser
    et leur murmurer une de ces chansons qu’il n’a pas oubliée avant qu’ils ne s’endorment ?
    C’est sûr, ils vont pleurer et si une sœur les entend, ce sera une correction
    ou pire le sinistre cachot… Pierre finit par s’endormir. Il est réveillé bien
    avant que son père ne l’appelle. Il se débarbouille, avale son bol de café et
    met dans sa musette deux tranches de pain et un morceau de fromage pour casser
    la croute à neuf heures. Son père le présente au patron et au contre-maître qui
    le prennent de suite en affection. On lui donne sa première tenue de travail et
    il apprend les bases du métier… Il n’a que quatorze ans et il travaille onze
    heures par jour, samedi compris. Les premiers soirs, il s’endort comme une
    masse. Tous les muscles lui font mal, mais il met un point d’honneur à ne pas
    se plaindre. C’est un apprenti sérieux et consciencieux. Puisqu’il doit faire
    ce métier autant bien le faire et avec cœur… D’ailleurs, il y prend goût et reçoit les compliments de son chef. Un an
    après, il obtient son C.A.P.



    Un soir, après le
    repas, son père le retient : « attends, je vas te parler. Tes
    frères vont revenir habiter ici. Je vas me remarier. Nous sommes en novembre et
    le mariage c’est pour décembre cinquante-huit, dans juste un mois. Tu ne dis
    rien ? Je ne peux pas continuer à m’occuper de tout, il faut une femme
    pour tenir la maison. C’est vrai qu’elle est bien jeune vingt-trois ans, un peu
    plus de vingt ans de moins que moi. Elle a une petite fille de quatre ans Joëlle
    et je vas la reconnaître. Je compte sur toi pour coopérer et lui rendre la vie
    facile.



    - Et maman ?


    - Quoi maman, Elle est
    dans notre cœur, mais la vie continue. Dimanche nous irons chercher les deux
    gosses et tu leur apprendras la nouvelle. Je suis sûr qu’ils seront trop
    heureux de revenir à la maison. A midi, Annie viendra avec sa fille manger avec
    nous et vous ferez sa connaissance. Allez, tu peux aller dormir, demain le
    travail n’attend pas ».



    Une fois dans son
    lit, Pierre laisse son chagrin l’envahir. Il n’a aucune honte à pleurer à seize
    ans ! Une autre femme va remplacer sa mère. Il comprend son père mais tout
    de même épouser une jeunette qui n’a que sept ans de plus que lui. Comment
    va-t-elle se comporter ?



    Heureusement qu’il
    fait partie d’une troupe de folklore depuis l’âge de quinze ans. C’est grâce à
    une voisine de trois ans son aînée qu’il a réussi à entrer dans ce groupe. Elle
    voyait qu’il avait un don pour la musique et qu’il chantait juste. Elle lui
    proposa d’en parler au directeur qui habitait à une quinzaine de kilomètres de
    Remiremont et il viendrait voir son père : « Mais il ne voudra
    rien savoir !



    - Écoute lui
    chuchota-t-elle, tu dis que ton père fait toujours le contraire de ce que tu
    veux. Nous allons combiner un stratagème ».



    Le directeur vint
    voir le père Schmidt et lui demanda l’autorisation de prendre son fils dans sa
    troupe. Pierre ne le laissa pas terminer et s’écria : « non, je
    ne veux pas. Je n’ai pas envie d’aller sur les routes



    - Tu feras ce que moi
    je te dis ! C’est moi qui commande ! Tu iras au folklore, c’est dit » !



    C’est ainsi que
    Pierre connut de nombreux pays européens, put respirer loin de chez lui. Il se
    mit rapidement à la danse et très souvent la soirée comptait deux heures et demie
    de danse et chant ininterrompus. La troupe participait à des concours et
    presque chaque fois, elle gagnait le premier prix. Pierre avait quelques
    coupes, chacun se répartissant les lots. Il fit ainsi dix ans de folklore dont
    deux ans de juge international. Ils étaient hébergés chez l’habitant et il se
    souvint d’une certaine fois où le fils de la maison vint avec un camarade le
    chercher en voiture à la descente du car. En route, le copain qui n’imaginait
    pas que Pierre parlait l’Allemand, dit en riant grassement : « ces
    petits cons de Français ». Pendant le repas, à table, le maître de maison
    demanda qu’on lui passe le pain ; immédiatement Pierre prit le pain et le
    lui donna. Le garçon devint tout rouge et s’excusa pour son ami. Il fit plus,
    il l’appela au téléphone et lui ordonna de venir sur le champ pour dire au
    Français qu’il veuille bien lui pardonner son incorrection. Cela se passait en Autriche.
    La première rencontre officielle avec les Allemands se fit en mille neuf cent
    soixante et un en présence de De Gaulle et Adenauer qui serrèrent la main à
    toute la troupe. Ces dix ans de folklore lui fit supporter bien des
    souffrances, des humiliations…
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    MessageSujet: Re: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Mer 25 Mai - 19:48

    ahh je sent que cette histoire va me passionner ...merci réïna tu a vraiment du talent .sandra
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    MessageSujet: Re: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Mer 25 Mai - 21:26

    Merci sandra, mais tu sais ce n'est pas facile de romancer une histoire vécue. C'est la première fois que j'essaie. Bonne nuit et doux rêves...
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    MessageSujet: Re: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Jeu 26 Mai - 18:22

    Chapitre 9:





    Le mariage se passa
    dans la plus stricte intimité bien qu’Annie aurait aimé plus de faste et
    invité des amis. Pour une fois, le père Schmidt qui lui passait toutes ses
    volontés, ne céda pas. Après la cérémonie civile, ils se retrouvèrent les
    mariés, les témoins et les enfants dans la brasserie de Remiremont pour un
    repas sympathique. Annie fit la tête pendant tout le déjeuner et Pierre se dit
    que cela promettait des jours moroses. Il ne se trompait pas, c’était chaque
    matin la soupe à la grimace et quand son mari rentrait en fin de semaine, elle
    ne faisait que se plaindre des « sales »gosses qui n’obéissaient pas,
    et sa fille n’était pas épargnée. Annie avait pris l’habitude pour les punir de
    leur servir le soir, un plat de riz pâteux et dur comme du mortier et obligeait
    tout le monde y compris Pierre qui allait avoir bientôt dix-sept ans a vidé l’assiette.
    Le jeune homme aurait préféré une bonne soupe chaude après onze heures de
    travail. Ce rituel se répétait au moins trois par semaine. Elle améliorait le
    repas lorsque son mari rentrait en fin de semaine. Un soir après diner, elle
    retint les trois enfants et Pierre qui se dirigeait vers sa chambre : «
    J’ai a vous parlé ; j’ai décidé que dorénavant, vous m’appelleriez maman



    - Il n’en ait pas
    question s’écria Pierre : premièrement et surtout, je n’ai qu’une mère
    bien qu’elle soit partie trop tôt ! Toi, tu n’es que la femme de mon père.
    Deuxièmement, as-tu vu la différence d’âge que nous avons : sept ans exactement.
    Alors pour moi, c’est non et ce n’est pas la peine de me lancer ce regard plein
    de haine, je ne changerai pas d’avis ».



    Puis se tournant vers
    ses frères : « Et vous que décidez-vous ?



    - Nous, on veut bien »
    répondirent-ils en chœur. Annie eut un
    sourire de triomphe et alla embrasser Farid et Rudy. Écœuré Pierre se réfugia
    dans sa chambre, tandis que sa belle-mère lui criait : « Tu veux la
    guerre, tu l’auras » ! Il se jeta tout habillé et regarda par la fenêtre.
    Ce soir-là, la lune était entière et brillait. Souvent, il lui parlait et aussi
    aux étoiles lorsqu’elles daignaient se montrer. C’était pour lui comme si il s’adressait
    à sa maman chérie et lui racontait sa journée, ses ambitions, le folklore. Il
    évitait de lui parler de sa peine, de la méchanceté de sa belle-mère, de l’indifférence
    de son père qui faisait entièrement confiance à sa jeune épousée. Puis,il
    regarda les maquettes confectionnées avec amour et passion et admira les
    peintures et les aquarelles, de vrais bijoux que sa mère avait peints
    délicatement quand les douleurs lui laissaient quelques répits. Il remit tout à
    leur place avant de se déshabiller et s’endormir épuisé.



    Un dimanche soir très
    tard, en rentrant du folklore, il regagna sa chambre en évitant le moindre
    bruit et lorsqu’il eut refermé sa porte et allumé la lumière, il retint un cri
    d’animal blessé. Sa belle-mère avait dû fouiller dans ses affaires et toutes
    ses maquettes étaient en lambeaux, et les peintures de sa mère n’étaient plus
    qu’un tas de cendres. Il courut dans une cachette où il avait mis deux
    aquarelles peintes de mémoire lorsqu’elle se trouvait dans la maison de repos à
    Aix-en-Provence. Ce fut les deux seuls
    souvenirs qui lui restaient de celle qu’il continuait à aimer et à vénérer avec
    tant de force. Une envie de meurtre le prit ! Il se contenta de pleurer en
    silence toute la nuit et murmura : « tu vas voir, tu vas mourir » !



    Le lendemain, il se
    leva à cinq heures comme de coutume sans avoir fermé l’œil de la nuit. Sur le
    chantier, il eut un étourdissement et le contre maître lui demanda ce qui se
    passait. En sanglotant enfin sans retenu, il lui raconta les méfaits de cette
    mégère. Le brave homme le prit contre lui et le berça un moment sans un mot. Puis,
    il lui permit de s’allonger dans la
    baraque et lui promit de le réveiller à midi. Il ajouta : « Un
    jour, tu auras ta revanche. Toutes ces expériences vont t’aider à avancer car
    tu es un battant et tu fais déjà un travail qui dépasse le C.A.P. N’oublie pas
    que dans avant un an tu auras ton B.E.P. Je n’ai jamais vu un ouvrier
    travailler avec autant d’ardeur, de conscience, du travail bien fait à ton âge.
    Allez repose-toi. Cet après-midi, tu auras plus de forces et rattraperas ton
    travail…
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    MessageSujet: Re: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Ven 27 Mai - 11:17

    Qu'elle mégère!!!

    Bien triste cette histoire; la fin est-elle encore plus triste ou y a-t-il un espoir?

    Ok, je vais trop vite; bon j'attends....
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    MessageSujet: Re: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Ven 27 Mai - 13:33

    certain on pas eu la vie facile .....
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    MessageSujet: Re: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Sam 28 Mai - 17:02

    Chapitre 9:




    Chapitre 9 :





    Il eut dix-huit ans l’année
    du B.E.P. Mais ce fut pour lui encore une année noire. Farid qui avait eu
    quatorze ans, venait de commencer son apprentissage chez un matelassier, quand
    une semaine plus tard, sa main fut prise dans la machine à carder. On le transporta
    en urgence à l’hôpital de Remiremont où les médecins oublièrent de lui demander
    s’il était à jour du vaccin antitétanique. Au bout de quelques jours son état s’aggrava
    et le tétanos se déclara. Il fur dirigé sur l’hôpital de Nancy et Pierre l’accompagna.
    Tout le long de la route il tint la main de son frère C’était horrible de le
    voir souffrir et de s’arc-bouter en se mangeant les lèvres. Entre deux crise,
    il serrait la main de son frère et lui disait : « Dis Pierrot,
    je vais pas mourir, hein ?



    - Mais non gros bêta,
    je te garde avec moi » !



    Pierre reprit le
    train pour Remiremont, le cœur déchiré pour reprendre son travail. Le dimanche,
    il partit au folklore, la gorge serrée, sans envie. Il ne savait pas que l’état de Farid s’était
    encore plus détérioré. Une ambulance ramena l’adolescent chez lui où il rendit
    le dernier soupir juste en bas de son domicile. Pierre apprit l’horrible
    nouvelle en rentrant dans la nuit C’est la première fois qu’il voyait son père
    sanglotait ainsi ; il avait pleuré à la mort de sa femme mais c’était des
    larmes silencieuses. Là, c’était un chagrin immense mêlé à une colère sourde
    contre l’hôpital de Remiremont. Pierre fut effondré et ses larmes restèrent
    bloquées au fond de sa gorge. Il resta des mois sans ouvrir la bouche, si ce n’est
    pour des phrases indispensables, vivant comme un somnambule. Il travailla avec plus
    d’ardeur, décidé à obtenir son B.E.P. Il l’obtint avec mention. Ce fut à cette
    époque qu’il connut Françoise et un peu de lumière éclaircit sa vie. Ils s’entendaient
    bien tous les deux et étaient très
    amoureux Il lui promit de se marier après son service militaire. Ils se
    fiancèrent officieusement. La maman de Françoise qui aimait bien Pierre et qui
    tirait les cartes, lui dit un jour : « tu va pas marier ma
    fille, c’est pas pour toi, trop volage ; rappelle-toi ce que je te dis ».
    Cela fit rire Pierre qui, d’une part ne croyait pas aux cartes, et, d’autre
    part était bien trop amoureux pour imaginer vivre sans sa Françoise. Ils
    vécurent des jours heureux comme tous les amoureux, allant aux bals des
    villages, au cinéma le dimanche. Pierre travaillait et gagnait bien sa vie mais
    c’est son père qui encaissait sa paye. Il se débrouillait comme il pouvait avec
    le peu d’argent de poche. Il fut tout étonné quand sa belle-mère lui dit qu’elle
    lui mettait de l’argent de côté pour lui en envoyer pendant son service militaire.
    Ce fut la seule chose qu’il mit à sa décharge. Un soir, il annonça qu’il devait
    partir pour quelques jours sur un chantier. Sa belle-mère lui dit en colère en
    se tournant vers son mari : « et pourquoi tu as accepté, qui va faire
    les corvées ?



    - Le contremaître
    décide, j’obéis…



    Il n’avait pas fini
    sa phrase que son père lui donnait un revers qui le fit tomber en arrière de sa
    chaise et eut deux dents cassés : « tu parles pas comme ça à ta
    belle-mère » ! Annie, jubilée, moqueuse. Pierre alla à la salle de
    bains pour se rincer la bouche. C’était la première fois que son père levait la
    main sur lui. Il s’enferma dans sa chambre, regarda par la fenêtre, mais la
    lune était voilée. Il pensa à Françoise, à la joie de la revoir le samedi soir
    et détesta encore plus Annie. Son père s’était pris d’affection pour Joëlle, la
    fille d’Annie et lui passait tous les caprices. Peut-être parce que c’était la
    seule fille au milieu de garçons. Des garçons, il en restait malheureusement Un
    soir Pierre décida plus que deux Rudy et Pierre. En mai 62, Pierre passa le Conseil
    de Révision, fut bon pour le service et avec sa cocarde de conscrit il fit la fête
    avec les autres appelés. Il partit le 1er janvier 63 et fut affecté
    dans les chars de combat, devint tireur d’élite et passa dix mois à l’Etat
    Major. Il termina son service sous-officier. A l’époque, le service militaire durait seize mois et pas
    de permission avant six mois. Au début sa correspondance avec sa fiancée fut
    régulière et puis, peu à peu, les lettres de Françoise s’espacèrent. Mais lui,
    continua à écrire en se posant tout de même des questions sur son silence. Vint
    enfin la première permission. Là, il apprit que Françoise sortait avec son meilleur
    ami. Ses copains lui dirent qu’ils se trouvaient à l’étang et il enfourcha son
    vélo, toujours le même vieux clou qui tenait debout comme par miracle. Arrivé à
    l’étang, il ne daigna pas regarder sa fiancée et se dirigea directement vers
    son ex ami, vert de peur. Il l’attrapa par la peau des fesses et le jeta dans l’eau
    qui lui montait aux genoux. Le garçon hurlait : « au secours, je
    vais me noyer, je ne sais pas nager ». Pierre riait de bon cœur comme un
    bossu : « avec de l’eau jusqu’aux genoux, sûrement ». Il les
    planta là sans un regard. Françoise épousa cet ami et divorça un an plus tard.
    Pierre se dit que les cartes n’avaient pas menti. Ce même soir, il rentrait
    chez lui en uniforme lorsqu’il fut attaqué par trois arabes dont un sorti un
    cran d’arrêt. Il n’hésita pas une seconde, et avec ses grosses chaussures
    militaires, il lui envoya un coup de pied dans ses parties « nobles »
    qui le laissa sans connaissance. Les deux autres se sauvèrent mais furent
    retrouver plus tard. Le blessé fut emmené en ambulance à l’hôpital. Le comique
    de l’histoire, c’est que Pierre obtint huit jours de permission pour
    avoir défendu l’honneur de l’armée et huit jours de prison pour avoir blessé un
    civil…



    En août 63, il reçut
    un télégramme lui apprenant la mort subite de sa belle-mère, âgée de vingt-neuf
    ans. Il obtint une permission pour l’enterrement. Il repensa à la phrase qu’il
    avait dite « tu vas mourir, tu vas voir » et se promit de ne jamais
    plus avoir ce genre de pensées…



    A cent jours de la
    libération, une grande fête appelée « le Père Cent » les bidasses se
    noyaient dans la bière avaient le droit de tout casser. Pierre fut libéré en
    mai 64. Il reprit son travail et demanda à son patron de lui donner dorénavant
    sa paye, et non plus à son père. Celui-ci entra dans une grande colère mais dû
    s’incliner devant les remarques du père Bammert qui lui fit honte en lui disant
    que son fils n’avait même pas un imperméable à se mettre. Tout rentra dans l’ordre
    pour un temps… Un soir, Pierre décida d’aller au cinéma, son père rétorqua : «
    je t’ai pas donné la permission…



    - La permission ?
    Je vais être bientôt majeur, je reviens de l’armée et je vais te demander la
    permission ?



    - Si tu n’es pas
    content, tu fous le camp et tu peux même emmener ton frère.



    - Pas de problèmes »


    Pierre fit sa valise
    et celle de son frère et ils allaient franchir la porte, lorsque le père Bayer,
    les rattrapa en leur disant : « allez les cheunes, ne faites pas les
    cons, restez à la maison, j’ai eu tort ».
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    MessageSujet: Re: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Sam 28 Mai - 19:32

    bon sang quelle vie il eu ce "pierre" il avait bon caractère oula ...merci réïna de nous écrire une si émouvante histoire ...bisous .sandra.
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    MessageSujet: Re: Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café    Dim 29 Mai - 17:15

    ennamouré
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    Histoire vécue romancée: GABRIELLEChapitre 1 Pierre court avec son thermos de café au lait et arrive tout essoufflé à l’hôpital, impatient de voir maman comme chaque jour. Dès sa sortie de l’école, il passe à la maison pour préparer avec amour le café

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